Concevoir un service public numérique : le guide complet (RGAA, DSFR, usagers, marchés publics)

Obligations, usagers, méthode, budget et achat de la prestation : le guide Wolfox pour concevoir un site ou une démarche en ligne publique accessible et utilisable par tous.
Par
Marianne Savouret
,
le
24/10/2026
badge wolfox bleu agence de ux ui design

Un usager ne choisit pas son service public. Il ne peut pas aller chez un concurrent si le formulaire de sa mairie est illisible ou si le site de sa caisse ne fonctionne pas avec son lecteur d’écran. C’est ce qui rend la conception d’un service public numérique si exigeante : il doit fonctionner pour tout le monde, sans exception, dans un cadre légal précis et avec des processus d’achat contraints.

Ce guide rassemble ce que nous avons appris en concevant des services numériques pour le Ministère de la Justice, des départements, des bibliothèques municipales et des établissements publics. Il s’adresse aux DSI, responsables numériques, chefs de projet et directions de la communication qui préparent une création ou une refonte.

Ce qui distingue un service public numérique

  • Des publics très hétérogènes. Un même site sert des particuliers, des entreprises, des associations, des élus et des agents, avec des niveaux d’aisance numérique très différents.
  • Une obligation d’égalité. Un service inaccessible est une rupture d’égalité devant le service public, pas seulement une mauvaise expérience.
  • Deux côtés du guichet. Chaque démarche en ligne a un back-office : les agents qui instruisent les demandes sont aussi des utilisateurs, et leur outil conditionne la qualité du service rendu.
  • Une gouvernance à plusieurs niveaux. Direction générale, élus ou cabinet, DSI, communication, métiers : les décisions passent par plusieurs instances.
  • Un achat encadré. La prestation passe par les règles de la commande publique, ce qui conditionne le calendrier dès le départ.

Les obligations à connaître

L’accessibilité (RGAA) : une obligation pour tous les acteurs publics

L’article 47 de la loi du 11 février 2005 impose aux services de l’État, aux collectivités territoriales et aux établissements publics de rendre leurs services numériques accessibles. Le référentiel technique est le RGAA, dont la version en vigueur est la 4.1.2 ; une version 5 est annoncée pour fin 2026, ce qui ne justifie pas de suspendre les travaux en cours.

L’obligation ne se limite pas à la conformité technique. Il faut aussi publier une déclaration d’accessibilité, afficher l’état de conformité dès la page d’accueil et tenir un schéma pluriannuel de mise en accessibilité. Depuis le 1er janvier 2024, l’Arcom contrôle ces obligations : jusqu’à 50 000 € d’amende pour un service non accessible et jusqu’à 25 000 € pour un manquement aux obligations de déclaration. Pour le détail, voir qui est concerné par la loi en 2026 et ce que nous avons appris en rédigeant un schéma pluriannuel.

Le DSFR : obligatoire pour l’État, pas pour les collectivités

Depuis la circulaire du 7 juillet 2023, les sites et applications de l’État doivent utiliser le Système de design de l’État (DSFR), être hébergés en .gouv.fr et obtenir l’agrément du Service d’information du Gouvernement avant toute création ou refonte. Les opérateurs de l’État peuvent l’utiliser après agrément de leur ministère de tutelle. Les collectivités territoriales, en revanche, n’en font pas partie : elles conçoivent leur propre identité. Tout est détaillé dans notre article DSFR : qui doit l’utiliser et comment s’en servir.

L’écoconception : le RGESN et la stratégie numérique responsable

Le Référentiel général d’écoconception de services numériques (RGESN), publié en mai 2024, compte 78 critères. Il n’est pas obligatoire en tant que tel. En revanche, les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent définir une stratégie numérique responsable, et l’écoconception des services numériques en est l’un des axes possibles. Voir Écoconception et RGESN dans les services publics.

La qualité des démarches en ligne

Pour l’État, la même circulaire de 2023 fixe des exigences de qualité des démarches : accessibilité, mesure de la satisfaction des usagers, connexion via FranceConnect et principe du « Dites-le-nous une fois » (ne pas redemander une information que l’administration possède déjà). Ces exigences sont de bonnes pratiques pour tout acteur public, même quand elles ne s’imposent pas juridiquement.

Partir des usagers, et pas de l’organigramme

L’erreur la plus fréquente sur un site public est une arborescence calquée sur l’organisation interne : une rubrique par direction, un jargon administratif dans les menus. Les usagers, eux, cherchent à accomplir une tâche : inscrire un enfant à la cantine, demander une aide, trouver un horaire.

  • Identifier les tâches prioritaires grâce aux statistiques de fréquentation, aux demandes reçues par le standard et aux entretiens.
  • Interroger les agents d’accueil : ils savent exactement où les usagers se perdent.
  • Inclure des usagers éloignés du numérique dans les tests. Selon l’Insee, 7 % des 16-74 ans étaient en situation d’illectronisme en 2025 et 27 % avaient des compétences numériques faibles. Voir Concevoir pour les usagers éloignés du numérique.
  • Ne pas oublier les agents qui utilisent le back-office : un outil interne mal conçu ralentit le traitement de chaque demande.

Pour l’ATIGIP, agence du Ministère de la Justice, les entretiens ont montré que le site était avant tout un outil d’information et de mise en relation, et non un outil de candidature. Cette distinction a orienté toute l’architecture. Voir l’étude de cas ATIGIP.

La méthode, étape par étape

  1. Cadrage. Objectifs, périmètre, publics, contraintes techniques (CMS imposé, hébergement), cartographie des parties prenantes et des instances de validation.
  2. Recherche. Audit de l’existant (ergonomie et accessibilité), analyse des données de fréquentation, entretiens avec les usagers et les agents.
  3. Architecture de l’information. Arborescence organisée par tâches, libellés compréhensibles, parcours prioritaires.
  4. Wireframes et tests. Maquettes basse fidélité des pages et démarches clés, testées avec des usagers. C’est le moment où les choix d’accessibilité coûtent le moins cher.
  5. Interfaces. Maquettes finales conformes à votre charte ou au DSFR, avec les états des composants (erreur, focus, chargement) documentés pour les développeurs.
  6. Recette. Vérification de l’accessibilité avant la mise en ligne, et non après.
  7. Mesure et amélioration. Satisfaction des usagers, taux de réussite des démarches, retours du standard.

Pour éviter les dérives de calendrier, nous organisons des comités de pilotage courts, centrés sur des décisions à prendre plutôt que sur des rapports d’avancement. Sur les refontes de sites, voir aussi refondre un site sans oublier l’accessibilité.

Budget et calendrier

Le budget dépend surtout de quatre facteurs : le volume de contenus et de démarches, le nombre de publics à servir, l’ampleur de la recherche utilisateur et le niveau d’exigence d’accessibilité à atteindre. À titre indicatif, comptez 3 à 6 mois pour un site institutionnel de taille moyenne et 6 à 12 mois pour un portail complexe avec de nombreux profils d’utilisateurs, dont 4 à 6 semaines de recherche et d’audit au démarrage.

Ajoutez le temps de la procédure d’achat, qui se compte en semaines ou en mois selon le montant. Pour une collectivité, le détail est dans Refonte du site d’une collectivité : méthode, budget, calendrier.

Acheter la prestation

Depuis le 1er avril 2026, les marchés de services d’une valeur estimée inférieure à 60 000 € HT peuvent être passés sans publicité ni mise en concurrence préalables (contre 40 000 € auparavant). Au-delà, une procédure adaptée (MAPA) ou formalisée s’applique selon les montants.

Dans tous les cas, la qualité du cahier des charges fait la qualité des offres reçues. Il doit décrire les publics, les contraintes d’accessibilité et les livrables attendus, et laisser au prestataire de la place pour proposer sa méthode. Voir Rédiger le cahier des charges d’une refonte UX publique.

Choisir un prestataire

  • Des références publiques vérifiables, avec des projets comparables au vôtre.
  • Une compétence accessibilité intégrée à la conception, et pas seulement un audit en fin de projet.
  • Une méthode de recherche utilisateur qui inclut les usagers et les agents.
  • Une équipe stable : savoir qui travaillera sur le projet, du premier atelier à la livraison.
  • Une aisance avec la commande publique : documents administratifs, facturation Chorus Pro, sous-traitance déclarée.

Parlons de votre projet public

Wolfox conçoit des services numériques pour l’État, les collectivités et les établissements publics : recherche avec les usagers et les agents, conception accessible dès les maquettes, réponse à vos appels d’offres. Selon votre structure, découvrez notre approche pour les ministères, les collectivités ou les établissements publics.

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Sources

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