Rédiger le cahier des charges d’une refonte UX publique : le modèle commenté

Contexte, publics, accessibilité, livrables, critères de jugement : ce qu’un cahier des charges de refonte UX doit contenir pour recevoir des offres comparables et de qualité.
Par
Marianne Savouret
,
le
24/10/2026
badge wolfox bleu agence de ux ui design

Un cahier des charges flou produit des offres impossibles à comparer. Un cahier des charges trop prescriptif empêche les prestataires de proposer une méthode adaptée. Voici la structure que nous recommandons pour une refonte de site ou de service public numérique, et ce que nous regardons en premier quand nous y répondons.

Avant de rédiger : le sourcing

Le code de la commande publique permet à l’acheteur de consulter des entreprises en amont pour préparer son marché, à condition de ne pas fausser la concurrence. Quelques échanges avec des agences permettent de vérifier que le budget et le calendrier sont réalistes, et d’identifier les points à préciser.

Vérifiez aussi la procédure applicable : depuis le 1er avril 2026, les marchés de services inférieurs à 60 000 € HT peuvent être passés sans publicité ni mise en concurrence préalables. Au-delà, une procédure adaptée (MAPA) ou formalisée s’applique.

La structure recommandée

1. Le contexte

Votre structure, le service concerné, l’historique du site, les raisons de la refonte. Joignez les données disponibles : statistiques de fréquentation, résultats d’enquêtes, audit d’accessibilité existant, déclaration d’accessibilité.

2. Les objectifs

Formulez-les en termes de résultats pour les usagers et les agents : réduire les appels au standard sur telle démarche, augmenter le taux de démarches menées à terme, rendre le site conforme au RGAA. Évitez les objectifs uniquement esthétiques (« moderniser l’image »).

3. Les publics

Listez les profils d’usagers (particuliers, entreprises, associations, partenaires) et les agents qui utiliseront le back-office. Signalez les publics à besoins spécifiques : personnes en situation de handicap, personnes âgées, usagers éloignés du numérique. Voir Concevoir pour les usagers éloignés du numérique.

4. Le périmètre

Nombre approximatif de pages et de gabarits, démarches en ligne concernées, sites à fusionner, outils métier à connecter, langues. Précisez ce qui est hors périmètre (développement, hébergement, reprise de contenus) si vous l’achetez séparément.

5. Les contraintes

  • Accessibilité : niveau de conformité RGAA attendu, et qui réalise l’audit final.
  • Charte graphique : la vôtre, ou le DSFR si vous êtes un service de l’État ou un opérateur. Voir DSFR : qui doit l’utiliser.
  • Technique : CMS imposé, hébergement, sécurité.
  • Écoconception : si votre collectivité a une stratégie numérique responsable, citez-la. Voir Écoconception et RGESN.

6. Les livrables attendus

  • Synthèse de la recherche utilisateur (entretiens, tests).
  • Arborescence et parcours cibles.
  • Wireframes et prototype testé.
  • Maquettes finales, avec les états des composants et les annotations d’accessibilité.
  • Bibliothèque de composants ou design system documenté.
  • Accompagnement pendant le développement et la recette.

7. La méthode : laissez de la place

Décrivez les étapes attendues (recherche, conception, tests), mais laissez le prestataire proposer sa méthode, le nombre d’entretiens et l’organisation des ateliers. C’est l’un des meilleurs moyens de distinguer les offres.

8. Le calendrier et la gouvernance

Date de démarrage, échéances fixes (mise en ligne souhaitée, périodes à éviter), instances de validation (comité de pilotage, comité technique) et disponibilité de vos équipes pour les ateliers.

9. Les critères de jugement

Pour une prestation intellectuelle, la valeur technique devrait peser au moins autant que le prix. Sous-critères utiles : compréhension du besoin, méthode de recherche utilisateur, prise en compte de l’accessibilité, références comparables, composition et stabilité de l’équipe.

Les pièces à demander aux candidats

  • Des références publiques comparables, avec des études de cas consultables.
  • Les CV de l’équipe qui travaillera réellement sur le projet.
  • Une note méthodologique adaptée à votre contexte.
  • La manière dont l’accessibilité est intégrée aux livrables.

Les erreurs fréquentes

  • Exiger « 100 % RGAA » sans préciser qui audite, sur quel échantillon de pages, et à quel moment.
  • Imposer une solution technique avant d’avoir défini les besoins.
  • Oublier la reprise des contenus : c’est souvent la tâche la plus longue.
  • Sous-estimer la disponibilité des équipes internes pour les ateliers et les validations.
  • Oublier la propriété des livrables : précisez que les maquettes et les fichiers sources vous sont cédés.

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