
Relevés de compte, contrats de prêt, conditions générales, tableaux d'amortissement : le PDF reste, dans le secteur bancaire, le format de référence pour transmettre des documents officiels. C'est aussi l'un des formats les plus difficiles à rendre réellement accessible. Or depuis l'entrée en vigueur de l'European Accessibility Act (EAA), le 28 juin 2025, ces documents ne sont plus un simple détail juridique : ils font partie intégrante du parcours client soumis à obligation d'accessibilité.
Beaucoup d'établissements confondent encore deux exigences pourtant bien distinctes : rendre un PDF techniquement lisible par une technologie d'assistance, et rendre son contenu compréhensible par un humain. Ce sont deux chantiers différents, avec des méthodes, des outils et des équipes différentes.
Le critère 13.3 du RGAA impose déjà que les documents bureautiques (PDF, Word, PowerPoint) mis à disposition en téléchargement respectent des règles d'accessibilité équivalentes à celles du web : titre du document renseigné, langue déclarée, structure de titres cohérente, alternatives textuelles aux images, tableaux correctement balisés, ordre de lecture logique. Un PDF simplement "scanné" ou exporté sans balisage n'est jamais conforme, même s'il semble lisible à l'écran.
L'EAA introduit une dimension que le RGAA ne couvrait pas explicitement pour le secteur financier : l'accessibilité cognitive du langage. Le texte impose que les informations relatives aux services bancaires soient compréhensibles sans dépasser un niveau de complexité supérieur au niveau B2 du CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues) — un des six niveaux de maîtrise linguistique, de A1 (très simple) à C2 (expert). Autrement dit, un contrat de prêt ou une notice tarifaire ne peut plus être rédigé dans un registre juridique ou technique inaccessible à un lecteur moyen.
C'est une obligation de résultat sur le fond du texte, distincte de l'obligation de forme sur le fichier lui-même.
C'est l'accessibilité "structurelle" : elle concerne le fichier en tant qu'objet numérique, indépendamment de ce qu'il raconte. Un PDF techniquement accessible doit notamment :
C'est un travail qui relève des équipes techniques ou éditoriales qui produisent le document (souvent via Word, InDesign ou un moteur d'édition de documents), en amont de l'export PDF.
C'est l'accessibilité "cognitive" : elle concerne ce qui est écrit, indépendamment du balisage du fichier. Un document peut être parfaitement structuré et balisé, et rester incompréhensible pour une large partie des clients s'il multiplie le jargon bancaire, les phrases longues et les renvois juridiques imbriqués. Les recommandations pour atteindre un niveau B2 (voire un langage clair, plus proche du B1) portent sur :
Ces deux chantiers demandent des compétences différentes — designer/développeur pour le premier, rédacteur spécialisé en langage clair pour le second — et doivent être menés en parallèle plutôt que l'un après l'autre, sous peine de devoir reprendre le balisage à chaque réécriture du texte.
Pour le volet technique, l'outil de référence utilisé par les auditeurs RGAA est PAC (PDF Accessibility Checker), un logiciel gratuit disponible sous Windows. Il permet de :
PAC ne remplace toutefois pas un test réel avec un lecteur d'écran (NVDA, JAWS, VoiceOver) : il détecte l'absence de balises, pas leur pertinence. Un tableau peut être techniquement balisé et rester incompréhensible à l'oral si l'ordre de lecture n'a pas de sens. C'est pourquoi un audit sérieux combine toujours un contrôle automatisé (PAC) et un test manuel en situation réelle.
Pour le volet langage, il n'existe pas d'outil automatique fiable équivalent : l'évaluation du niveau B2 repose sur une relecture experte, éventuellement complétée par des indicateurs de lisibilité, mais jamais sur une simple réécriture par IA générative, qui produit rarement un texte à la fois juste juridiquement et réellement simplifié.
Un PDF bancaire réellement conforme coche deux cases indépendantes : il est techniquement accessible (balisage, structure, alternatives — vérifiable avec PAC et un test lecteur d'écran) et rédigé en langage clair de niveau B2 (vérifiable uniquement par une relecture experte). Traiter l'un sans l'autre expose l'établissement à une non-conformité partielle, même avec les meilleures intentions.
Chez Wolfox, nos audits RGAA/EAA pour les banques et fintechs couvrent systématiquement ces deux dimensions sur les documents critiques du parcours client : relevés, contrats de souscription, tableaux d'amortissement, conditions tarifaires.
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